Depuis cinq ans, l'association Skate Her développe des projets marquants autour du skate féminin. Ce collectif propose des événements culturels et des espaces d'échange qui interrogent la place des femmes dans le sport, trop souvent reléguée au second plan. Nous avons interrogé Lucie Curutchet, skateuse amateure passionnée et co-créatrice de l’association.
Skate Her est une association créée il y a cinq ans par Gaëtan Ducellier et Lucie Curutchet. À l’origine, nous organisions des sessions libres auxquelles les femmes pouvaient venir participer. Dès les premières sessions, nous avons identifié des besoins spécifiques. Très vite, nous sommes devenus une référence sur cette question de mettre les femmes au centre des projets liés au skate. Nous proposons des cours de skateboard pour des pratiquantes âgées de 15 à 40 ans, avec tout un travail pédagogique développé autour de l’apprentissage, de la pratique du skate et de sa culture.
Nos actions sont variées car nous organisons des projections vidéo, des expositions photos, des événements autour de l’art, de la musique de la place des femmes dans le sport. Nous mettons en avant des parcours de vie inspirants. Nous organisons des débats sur la place de la femme dans la société à travers le sport : invitation de photographes féminines, skateuses professionnelles et amateures, femmes travaillant dans l’industrie des sports de glisse, surfeuses professionnelles.
Nous voulons mettre en lumière le fait qu’on aide aussi certaines jeunes à se trouver, et trouver un but dans la vie. Nous proposons même un service civique. Saioa en échec scolaire a repris un parcours scolaire dans le graphisme grâce à nous, ou encore Maia va passer son diplôme de professeure de skate et elle était également perdue professionnellement avant de nous rencontrer. Nous avons aussi réalisé un documentaire consacré à la scène skate en Côte d’Ivoire, du jamais vu. Il a été présenté dans plusieurs festivals de films. Tous ces projets constituent une base de discussion importante pour avoir un réel impact. Pour nous, travailler sur la représentation est capitale car voir d’autres femmes skater motive et permet à d’autres de se lancer. J’ai pu skaté avec tous les ivoiriens pendant une semaine mais aucune ivoirienne ne s’est identifiée à moi alors qu’a partir du moment où les skateuses ghanéennes sont venues skater avec nous, les ivoiriennes se sont identifiées à elles et ont voulu se lancer à leur tour.
J’ai commencé le skate et le surf avec mes amis, mais aucune de mes copines ne pratiquait ces sports. Quand j’avais huit ans, le skateboard était un sport principalement masculin. Il y avait des bandes de garçons qui skataient et j’étais la seule fille. Je n’avais donc aucun modèle féminin. Il n’y avait pas Instagram ni les réseaux sociaux comme maintenant pour en parler. Résultat, à 14 ans, j’ai complètement arrêté parce que je n’avais personne avec qui partager cette pratique. C’est plus tard, lorsque je suis partie à Toulouse, notamment grâce à un stage avec Surfrider, puis à un autre organisé par Volcom, que j’ai repris le skateboard vers 20 ans. J’y ai rencontré des personnes qui me correspondaient. Ça m’a montré à quel point se sentir intégré à une communauté m’a permis de mieux évoluer dans ma pratique du skate.
En Côte d’Ivoire, l’accès aux loisirs est particulièrement difficile. Il existe peu d’activités extrascolaires et les infrastructures pour faire du skate sont donc peu présentes. Nous formons donc des professeures de skate en Côte d’Ivoire en donnant des cours d’initiations à des ivoiriennes qui se sont ensuite inscrite pour prendre des cours avec une association locale.
Nous avons d’autres projets à l’international avec des événement à Barcelone en collaboration avec Dolores, pour faire le lien entre les skateuses espagnoles et françaises. Pareil aux Pays basques où nous voulons étendre nos actions plus au sud en développant la langue basque et des connections autour du skate.
L’évolution est positive. De nombreux collectifs se créent. Les femmes sont davantage médiatisées, ce qui crée des représentations auxquelles les jeunes pratiquantes peuvent s’identifier. C’est un cercle vertueux. Mais il y a encore besoin d’initiatives pour rendre les filles visibles dans le skateboard, même si les marques jouent de plus en plus le jeu !
Par exemple, les marques nous invitent sur des gros événements pour représenter le skate féminin et inviter plus de filles à skater comme le CPH open à Biarritz ou encore le contest Skateher dans un bowl. C’est un contest par équipe : deux filles ensemble ou un garçon et une fille ensemble pour encourager la mixité et l’inclusivité. Vans avec qui on collabore depuis 5 ans nous soutient énormément dans nos actions. Nous collaborons également avec le magazine féminin Dolores qui continue à mettre les femmes sur le devant de la scène depuis des années. Sans oublier notre participation à la street league en octobre à Paris avec notre fameux stand pour toujours encourager la présence féminine.
Entretien réalisé par Audrey Poussines Journaliste/rédactrice free-lance