1. Intro – DJ Low Cut (Prod. Anxiedad)
2. Connexions costariciennes – JUNKD & FKE (Prod. 2Keus)
3. Intacto – Anxiedad & LaPeste (Prod. nokia arabic)
4. Pacto con el sol – Maleza & Flashback (Prod. Street Dreamer)
5. Pánico – Velocista Wave & Tipi Mobb (Prod. Chamuco)
6. Jacaranda y nerium – Tormenta & Apéro-Jazz (Prod. 2Keus)
7. Botega – Juliano LaHaine & Solall (Prod. Elene)
8. Mon barrio va cracker – Z1 & S.Tim (Prod. Naf Loops)
9. Primos pistoleros – Pikzzz & Kaozed (Prod. nokia arabic)
10. Les Arènes d’Opazo – Discan & L’Oracle (Prod. DJ Low Cut)
11. Henri Cartier Oscuro – Khaf La Mafie & Makseame (Prod. Naf Loops)
12. TN couleurs Albiceleste – Troubless & Elihot (Prod. NicoJP)
13. Futur Juan Salvo – Osservatore & Futur Bandit (Prod. Fly Darkko)
14. Hautes vibrations – R Wotta & Yosef Hermès (Prod. nokia arabic, saxophone R Wotta)
15. L’argent ou le plomb – Paranoize & Suspek-T (Prod. Dostie)
16. Ojalá – Raven & Manda (Prod. 2Keus)
17. Outro (Prod. Arthur MGZ)
Rap Herencia est né de la volonté de promouvoir le rap hispanophone en France et dans l’ensemble de l’Europe, tout en faisant rayonner le rap francophone en Amérique latine et en Espagne. Pourquoi ? En tant que passionné de rap, nous avons constaté, au fil des échanges et des recommandations, que trop peu d’amateurs du genre connaissent réellement les scènes de leurs voisins, en dehors du rap américain ou britannique. Rap Herencia a donc pour ambition de créer ce pont manquant entre les cultures.
Rap Herencia
À travers cette mixtape, Rap Herencia souhaite renforcer le lien social et culturel entre ces régions, tout en offrant une plateforme tangible où se rencontrent, dialoguent et se complètent les différentes scènes du rap. Ce projet marque également une étape clé dans l’évolution de Rap Herencia : passer du simple rôle de média relayeur d’informations à celui d’acteur engagé du mouvement, en proposant une réalisation artistique forte, fédératrice et incarnée.
Rap Herencia
Je vous ai transmis les informations que nous a fournies le média Rap Herncia pour présenter cette mixtape. Ainsi, le projet est audacieux. En effet, il compte 12 beatmakers provenant de 12 pays distincts et implique la participation de 30 rappeurs. Cette liste inclut les nationalités suivantes : France, Belgique, Canada (Québec), Espagne, Argentine, Colombie, Venezuela, Salvador, Mexique, Costa Rica, Chili et Bolivie. Cela inclut au moins trois continents : l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, y compris l’Amérique centrale. L’idée est déjà un exploit en soi, même si de nos jours, internet rend les interactions beaucoup plus simples. Coordonner autant d’artistes parlant diverses langues, issus de différentes cultures, en tenant compte du décalage horaire pour assurer la synchronisation, avec des styles variés… Ce n’est certainement pas une tâche facile, en particulier pour une première mixtape. Tout le crédit va à Rap Herencia.
17 morceaux de rap en français et en espagnol, qui offrent la possibilité d’explorer à la fois des artistes latinos et des rappeurs français encore méconnus. Tout le monde a traité cette affaire avec sérieux, et on y trouve même une intro et une outro. L’objectif principal est de familiariser les auditeurs des trois continents avec d’autres scènes au-delà de celles auxquelles ils sont habitués. C’est parfait, car chez Hip Hop Sans Frontières, nous visons précisément à transcender le clivage FR/US. On trouve aussi du rap latino, déjà couvert dans nos précédentes chroniques, mais ce sont nos confrères qui sont les plus qualifiés pour en parler. Des titres tels que « Intacto », « Pacton con el sol », « Jacaranda y Nerium », « Botega » ou encore « Hautes vibrations » tirent plus facilement leur épingle du jeu.
Fathis : Peux-tu présenter le projet Rap Herencia ?
Rap Herencia : Au départ on s’est lancé dans le truc en tant que média, on voulait tout simplement partager notre passion pour le rap franco et hispanophone, et surtout des liens qui lient les deux.
Fathis : C’est un pari assez osé de mettre en avant la scène hispanique, ou au contraire, avec les tendances actuelles, c’est plus simple ?
Rap Herencia : Alors oui c’est pas si évident. On le voit encore maintenant, certains continuent d’être hermétiques au rap hispanophone car « ils ne comprennent pas la langue ». Alors que j’en connais bon nombre qui écoutent notamment du rap américain sans même comprendre l’anglais. Il y a encore tout un travail de sensibilisation/initiation à effectuer à ce sujet.
Fathis : C’est un pari assez osé de mettre en avant la scène hispanique, ou au contraire, avec les tendances actuelles, c’est plus simple ?
Rap Herencia : Oui, on écoute beaucoup de rap du monde entier, que ce soit en Russie, au Brésil, ou encore au Moyen-Orient, au Japon…
Fathis : Quelle place et quelle importance tient le mouvement hip-hop dans les pays latinos ?
Rap Herencia : En Amérique latine le hip hop est resté une culture à part entière et qui prend en compte tous les éléments : ça rappe, ça danse, ça graff partout. Il y a beaucoup plus d’événements qui englobent tous les piliers du hip-hop. Ils ont aussi encore plus gardé ce côté « underground ».
Fathis : Peux-tu nous conseiller quelques classiques, des artistes ou des musiques indispensables pour se faire une idée ?
Rap Herencia : Il faut absolument écouter des artistes comme Canserbero (la légende du rap latino), Makiza, Lil Supa en Amérique latine, ou encore des gars comme N-Wise Allah ou Dano côté Espagne. Côté Îles Canaries, qui est une vraie terre de rap, faut vraiment jeter une oreille à la musique de Cruz Cafune et Mpadrums.
Fathis : T’es très impliqué dans ton projet et dans les ponts que tu as su créer, t’as même organisé des concerts en France…
Rap Herencia : Oui effectivement on essaie de concrétiser encore plus en mettant en place des projets qui créent des connexions « en direct » et pas seulement derrière un écran. C’est comme ça aussi que l’on peut donner envie aux gens d’écouter davantage de rap hispanophone.
Fathis : Comment est venue l’idée de la mixtape ?
Rap Herencia : Tout simplement l’envie de créer un projet à nous, avec des artistes dont on respecte le travail. L’ambition de Rap Herencia a toujours été de créer des ponts entre cultures, faire une mixtape permet aux rappeuses, rappeurs, beatmakers etc. impliquée de travailler concrètement ensemble, et pourquoi pas les amener à rebosser ensemble par la suite. On voulait aussi montrer que c’était possible d’avoir sur chacun des 15 sons, un.e rappeur.euse francophone et hispanophone et que ça pouvait bien sonner.
Fathis : Peux-tu nous parler de la conception du projet ?
Rap Herencia : Ça fait plus d’un an et demi que l’on bossait dessus. On a voulu d’abord trouver des prod qui nous plaisaient, pour avoir des premières couleurs qui allaient donner l’ambiance globale du projet. On a tout simplement appelé ça « Mixtape » car on savait que l’ensemble des sons risquait de pas donner une homogénéité vu la profusion de rappeurs et de beatmakers. Mais au final on a eu pas mal de retours comme quoi la mixtape avait une DA plutôt harmonieuse. On ne va pas vous mentir, on était content de l’entendre de la bouche de personnes impliquées dans le milieu.
Fathis : As-tu rencontré des difficultés particulières ou, au contraire, les artistes t’ont-ils tendu la main ?
Rap Herencia : Je pense que cela pourrait avoir un impact sur le processus créatif dans le futur. En ce qui concerne l’autotune et les nouvelles technologies, j’apprécie tant que le hip-hop traditionnel reste vigoureux et prospère, tu me suis ? Cependant, cela ne devrait pas être une alternative.
Fathis : Peux-tu nous parler de tes collaborations avec des beatmakers étrangers ? Comment cela s’est-il passé ?
Rap Herencia : Ça n’a pas été facile, ça c’est sûr. En même temps, un tel projet, comme on a dit avec tant d’artistes, c’est très compliqué, surtout en termes de communication et de coordination. Ajoutez à cela la barrière de la langue.. On a très souvent dû faire les traductions du français à l’espagnol, et de l’espagnol au français.
Fathis : C’est la première mixtape que tu réalises, t’avais déjà touché aux manettes avant cela, t’as dû apprendre ou ton équipe a piloté tout cela ?
Rap Herencia : On a beaucoup appris au jour le jour, et selon les erreurs que l’on faisait, on rectifiait le tir au fur et à mesure. Mais je dois dire que des personnes comme Noé et Yael nous ont pas mal épaulés. On a eu quelques rdv avec eux deux en visio sur l’aspect contrat, distrib, etc. L’ingé son, Loutchi Loutch, nous a aussi apporté son expertise là-dessus.
Fathis : Comment votre mixtape a-t-elle été reçue côté latino, vous avez des retours ?
Rap Herencia : Oui côté latino, notre petite communauté nous a fait de bons retours, notamment au concert. C’était vraiment agréable d’avoir ces avis « en vrai », de rencontrer les personnes dans la vie réelle.
Fathis : Concernant la promotion, comment t’as procédé ?
Rap Herencia : On aurait voulu tourner des clips, c’est notre seul vrai regret. Mais encore une fois, le fait que les artistes soient extrêmement éloignés géographiquement rend la tâche ardue. Pour le reste, on a notamment travaillé avec Fke, qui, au-delà d’être un sacré kickeur, a réalisé le teaser de la mixtape. Beaucoup d’artistes ont joué le jeu et ont tourné des reels de leur couplet aussi, ça a pas mal boosté la promo.
Fathis : D’ailleurs, si on veut se procurer la mixtape, c’est encore possible ?
Rap Herencia : Yes il nous reste quelques cassettes, mais vraiment peu !
Fathis : Avec toutes les connexions qui se sont créées et les réseaux que vous avez développés, on peut s’attendre à une suite ?
Rap Herencia : C’est fort probable.. On ne sait pas encore sous quelle forme ça sera, mais on a cette ambition oui…
Fathis : Comment le rap français est-il perçu de l’autre côté ?
Rap Herencia : Le rap français reste une véritable référence en Amérique latine. D’ailleurs avant cette mixtape, on faisait une série de publications sur les références des rappeurs hispanophones à la culture hip hop française. Il y en a un paquet. Le film La Haine a joué un rôle considérable dans sa popularisation.
Fathis : Un mot à ajouter ?
Rap Herencia : Merci pour cette interview, de jouer un rôle si important à nos yeux, qui est de transmettre cette passion qui nous est commune.
Rédigé par Fathis