Hip Hop Sans Frontières

[Reportage] Le Hip-Hop algérien à l’honneur

Alger, Résidence El Mahatta – 25 juillet 2025

La capitale algérienne a connu un événement inédit : “Rencontre – Explorer le passé, documenter l’avenir : archiver le Hip-Hop algérien”, un rendez-vous culturel sans précédent consacré à la mémoire du Hip-Hop en Algérie.
Organisé par Dawar El Hip Hop (représentée par Monst-R Soheyb Kehal – et Mohamed Amine Benloulou) en collaboration avec l’espace artistique El Mahatta (représenté par Reda Mehanni alias El Moutanakill), ce projet a su rassembler artistes, chercheurs et activistes autour d’un objectif commun : explorer des moyens efficaces pour extraire, classer, documenter et archiver la scène Hip-Hop en Algérie.

Ces évènements visent également à célébrer les 52 ans du Hip Hop !

Projections visuelles et paroles engagées

La première partie de la soirée a débuté à 17h avec un mot d’accueil de Monst-R (Soheyb Kehal) et El Moutanakil (Reda Mehanni) qui ont présenté le programme de l’événement.
Le programme a démarré directement avec la projection d’extraits (environ 35 minutes) du documentaire “L’âme éternelle du Hip-Hop en Algérie”, qui retrace l’histoire et les débuts du rap algérien, suivie par la projection d’un court-métrage de 5 minutes intitulé “Ketba Fel Hitane” (Écriture sur les murs), mettant en lumière le graffiti comme outil de résistance artistique, sociale et politique.
Les deux œuvres sont réalisées par Monst-R (Soheyb Kehal).

À 18h, la troisième projection a été présentée : une vidéo documentaire réalisée spécialement pour l’événement par Nabil Djedouani, dans laquelle il revient sur son expérience dans le Hip-Hop algérien et sur les formes d’archivage populaire dans les cultures alternatives, notamment à travers le prisme du cinéma. Son intervention a posé des bases théoriques pour réfléchir à la place des archives dans la culture Hip-Hop.
Après les projections, et avant l’annonce de la pause, un moment fort a marqué la soirée : Monst-R a dévoilé du matériel d’archives tangible (cassettes, CD, livres, certains rares) représentant un échantillon de projets produits dans le rap algérien (certains publiés officiellement, d’autres restés inédits).

Exemples des pièces exposées :

● Cassette du premier album officiel de rap arabe par le groupe Intik intitulé « Gris« , produit en 1995 mais jamais sorti officiellement.
● Cassette du premier album officiel de rap algérien par le groupe MBS, intitulé « Ouled El Bahdja« , sorti en 1997.
● Cassette de l’album « Guerre Civile » du groupe Hamma Boys, sorti en 1997.
● Discographie complète (cassettes et CD) du rappeur Lotfi Double Kanon, en groupe ou en solo.
● CD de l’album du groupe Soldatask, produit par 3rd Rap Record avant 2004 et jamais sorti officiellement.
● Livre “Arab Rap” d’Areej El Badrawi et Bassant Mahmoud, publié en 2023.

Ensuite, la pause a été annoncée et un petit espace d’exposition d’archives physiques (cassettes, CD…) a été ouvert, permettant aux participants de les consulter, de prendre des photos et d’échanger autour d’un café.

Les archives comme terrain de création

Après la pause, la deuxième partie a pris un ton plus dialogique et académique, avec trois intervenants présentant différentes approches et expériences d’archivage.
L’ouverture a été assurée par Fada Vex (Malik Bourbia), rappeur et acteur de la scène Hip-Hop algérienne depuis plus de 30 ans, qui a pris son podcast Cha Darna comme exemple vivant d’archivage, cherchant à répondre à la question : «Pourquoi et comment archiver la scène rap et Hip-Hop en Algérie ?».

Puis, Ibtissem Boulebrachen, chercheuse et militante dans le domaine du raï, a parlé des points de convergence entre rap et raï, en mettant l’accent sur le travail du défunt Dr. Hadj Miliani, qui a joué un rôle de passerelle entre ces deux genres et a écrit sur les deux univers.
Ensuite, Zakaria Akhrouf, activiste, a abordé, à partir de son expérience de collecte d’archives du rap, les questions liées aux droits d’auteur et les obstacles à surmonter pour établir une base solide pour l’archivage du rap algérien.
Après cela, le public a pu poser des questions, avant qu’un échange animé ne s’installe entre Fada Vex et DJ SL. Une deuxième pause a suivi, servant de transition vers la troisième partie de l’événement.

Un acte fondateur et un espace fédérateur

La troisième partie, d’environ une heure, a pris la forme d’un débat ouvert entre les participants afin de déterminer les méthodes nécessaires et d’établir une feuille de route pratique pour commencer à documenter la mémoire du Hip-Hop algérien.
Les échanges ont permis un partage d’expériences entre vétérans et jeunes artistes, ainsi que la présentation d’idées pour rassembler les archives dispersées, les protéger de la perte et les rendre accessibles aux chercheurs et au public.

En guise de conclusion, un autre lot d’archives a été présenté, mais d’une manière différente : plusieurs exemplaires de l’album “El Facteur” (2004) de Fada Vex, ainsi que des posters de son album “Ramz El Mektoub” (2010), ont été mis en vente avec dédicace.

Ce moment est devenu un espace d’échanges spontanés, où les participants ont partagé histoires et souvenirs liés à ces œuvres, pris des photos, dans une ambiance mêlant
nostalgie et célébration de l’histoire de la scène — illustrant parfaitement l’un des objectifs de la rencontre et offrant au public l’opportunité d’acquérir une pièce significative de l’histoire du rap algérien.

Un acte fondateur et un espace fédérateur

Ce débat ouvert a confirmé la force de l’événement à rassembler des voix et expériences diverses dans un même espace. Il a réuni activistes et acteurs de tous horizons : rappeurs, réalisateurs, producteurs, acteurs culturels, universitaires, graffeurs, slameurs… et a réussi à briser la barrière des générations en réunissant des figures des débuts du rap algérien avec des noms contemporains comme Fada Vex, DJ SL, Icowesh, Monst-R, Zahham, Ztella et bien d’autres.
La rencontre «Explorer le passé, documenter l’avenir : archiver le Hip-Hop algérien» constitue une première étape pour répondre à la question centrale : «Quelles sont les méthodes efficaces pour préserver et documenter la mémoire et les archives du Hip-Hop algérien ?»

Elle ouvre la voie à la création potentielle d’une plateforme et d’un projet global regroupant archives physiques et numériques, afin de servir de référence aux générations futures et de préserver la mémoire d’une culture longtemps marginalisée.
L’événement a été suivi, le lendemain, par une autre activité au centre-ville d’Alger, au siège d’Artissimo, intitulée « Gaâda Hip Hop », qui a également rencontré un écho positif, notamment grâce à l’ajout de performances live de rappeurs, breakdancers et beatboxers.

Fada Vex
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Rédigé par Zakaria Akhrouf & Monst-R (Soheyb Kehal)

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